Raw water, l’eau naturelle est-elle potable?

L’eau crue est à la mode aux Etats-Unis. Avec l’émergence de ce nouveau comportement alimentaire , zoom sur la France où beaucoup de randonneurs pensent que l’eau dans la nature est forcément bonne. L’imprudence coûte cher si votre organisme n’est pas préparé à la raw water .

C’est la dernière tendance du moment, acheter de l’eau non filtrée, non traitée, non stérilisée et avec des sédiments. L’idée est louable: revenir à l’état naturel et préparer son corps à se défendre face aux agressions extérieurs. Dans les faits, plus de 2 milliards d’humains souffrent de pathologies dues à la consommation d’eau de mauvaise qualité (insalubre ou polluée). Les défenseurs de cette nouvelle tendance raw water mettent en avant les bienfaits sur la santé articulaire, la réduction de la fatigue et autres étonnantes propriétés.

Pour rappel, nous vivons pour la plupart à proximité des activités humaines. Ces dernières influencent notre milieu. Boire de l’eau à proximité d’une exploitation agricole, d’une ferme d’élevage ou d’une station d’épuration n’est pas sans risque. Les eaux de ruissellements transportent aussi une grande variété de déchets, polluants et résidus impropres à la consommation. Boire de l’eau sans un minimum de prudence, c’est comme avoir un rapport sexuel avec une personne inconnue sans se protéger. Cela passe ou pas… Il est impossible de savoir si l’eau de la nature est potable. Pour rappel, virus, bactérie, parasites et micro organismes ne se voient pas à l’oeil nu. Ils ne font que quelques microns. Oui, l’eau de source, c’est bon.

raw water, eau crue

Fontaine d’eau de source dans les village

Dans la vraie vie, le côté bucolique peut voir s’inviter des soucis nommés diarrhée, fièvre dans le meilleur des cas.

Dans d’autres situations, les conséquences sont lourdes: hépatites, gastro-entérites, maladies graves voire mortelles. Dans le monde, cinq millions d’humains meurent chaque année des dangers véhiculés par l’eau. 2,3 milliards souffrent d’une mauvaise rencontre avec un ver ou un virus… La France n’est pas exsangue de mort liés à l’eau.

Sans faire un inventaire détaillé: hépatite A, E, certaines bactéries Salmonella, coliforme et E coli. Plus rare mais tout aussi nocif, les risques radiologiques sont aussi à envisager avec sérieux. D’où l’importance dans la préparation d’un itinéraire, de répertorier les ravitaillements d’eau potable (fontaine, camping, cimetières), les points d’eau ( source, lac, retenue d’eau, rivière) et les zones où l’on peut trouver en dernier recours de l’eau même stagnante. Traditionnellement, l’eau est soumise à la gravité donc plus facile à trouver dans les fonds de vallée que sur les plateaux. Nous devons envisager dans ces conditions, les techniques de traitements, du rudimentaire trou dans le sable au filtre de dernière génération qui élimine tout. Question de style, de budget ou d’engagement. Si la plupart des gens savent différencier telle ou telle voiture. Lorsqu’ils associent les mots eau et nature, ils obtiennent une équation étrange: eau + nature = potable. C’est parfois vrai, c’est souvent faux. L’eau est dans le trio de tête des dangers en randonnée. Il est indispensable face à l’engouement grandissant pour la raw water de garder toute sa lucidité et faire preuve en randonnée de pragmatisme et de rigueur.

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L’eau a forcément une histoire, une mémoire et une composition propre

Faut-il oui ou non céder aux sirènes de la nouveauté raw water?

Ecologiquement:

Acheter de la raw water, eau brute, eau crue suivant l’appellation de la marque ou au contraire de l’eau minérale en bouteille n’est pas plus tourné vers le développement durable puisqu’il y a conditionnement, transport et recyclage.

Economiquement:

La raw water est vendu plus chère encore que l’eau de supermarché qui elle même est plus chère que l’eau du robinet.

Sanitairement:

D’un point de vue salubrité, ses bienfaits sont discutables. Est-elle moins sûr, c’est au cas par cas. Est-elle plus saine, après l’inventaire des risques énoncés plus haut, je vous laisse seul juge. Une eau est considérée comme potable qu’après analyse. On vous promet des eaux riches en minéraux et probiotiques bons pour le système intestinal? Une eau non assainie reste impropre à la consommation. C’est comme un très bon gâteau tombé sur le sol des toilettes du métro. Le très bon est vite devancé par plus très comestible sans risque.

Sécuritairement:

Les industriels jouent sur la mauvaise qualité de l’eau du robinet pour booster les ventes de pack d’eau. Si maintenant pour un peu de business vous en venez à acheter de l’eau qui ne répond même pas aux normes sanitaires élémentaires, c’est à n’y plus rien comprendre. Des marques comme Live Water ou Zéro Mass Water surfent sur un marché nouveau qui comptent un public composite. L’engouement américain pour la raw water repose en partie sur l’état du réseau d’eau et des choix de santé publique. L’eau du robinet y est fortement chloré. On y retrouve du fluor. Et enfin, elle est encore énormément distribuée via un réseau de canalisations en plomb. Raw water, eau, crue, eau brute, qu’importe le nom qui peut lui être donné, nous vivons dans un monde complexe et soumis à de nombreuses contraintes et pressions environnementales du fait de notre mode de vie actuel et impacté par les pratiques du passé. Dans ces conditions, vouloir croire que l’on peut faire comme si nous étions au pays des bisounours est un peu simpliste pour l’époque. En revanche, l’intérêt de cette démarche est de nous interroger sur la manière de préserver, exploiter et acheminer notre ressource pour boire une eau saine et profitable à notre organisme.

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Rivière en crue, l’eau est chargée de sédiments

Moralité: en randonnée, sauf si on est vraiment sûr, on traite. Si on doute on traite. Si on peut trouver mieux, on passe son chemin. Attention, la qualité peut changer au fil des saisons (épisode de sécheresse, crues, passage de transhumance, affluence touristique et son florilège de pipi et caca). Certaines personnes trouvent drôles d’uriner dans le torrent alors que le bon sens voudrait que l’on s’éloigne des sources, rivières et autres zones de captages. Prélevez l’eau la plus claire, la moins stagnante et toujours en amont d’une éventuelle  pollution humaine, chimique ou animale. Les cartes de l’IGN, ça sert à ça aussi. Vigilance encore.

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