Marcher en hiver implique de randonner en période de chasse dit-on. Mais y-a-t-il plus de risques qu’à une autre période? Non. Est-ce vraiment une raison pour ranger les chaussures ou au contraire y aller les yeux fermés? Encore Non. Les chasseurs bénéficient en France de tellement de dérogations que vouloir marcher lorsque les fusils sont rangés reviendrait à ne marcher jamais.

 

Avec 1,2 million de chasseurs pour 15 millions de randonneurs associés aux 20 millions de cyclistes et aux 2 millions de cavaliers, on se demande encore pourquoi dans notre pays, il faudrait encore d’excuser d’être là. Randonner en période de chasse le dimanche est devenu interdit dans de nombreux secteurs et il est pour beaucoup comme normal de marcher profil bas ou ne pas marcher du tout au vu des risques. Marcher intelligemment dans le respect de chacun semble la meilleure attitude à avoir. Mais inutile de se refreiner, le danger est partout et tout le temps.

 

 

La chasse n’a pas de période de début ni de fin

 

A l’affût, en battue ou à l’approche les modes de chasse sont multiples. Ils sont autorisés une partie de l’année dans certaines régions voir presque toute l’année dans d’autres. Pour lutter officiellement contre la surpopulation de certaines espèces les préfectures délivrent des dérogations pour accorder des périodes supplémentaires. Certains départements autorisent la chasse de nuit avec ou sans lumière tout cela sous condition. Mais le maquis est si grand qu’il est ardu pour un randonneur de s’y retrouver surtout s’il se déplace sur de longues distances et sur des territoires variés. Randonner en période de chasse est donc une évidence.

 

Panneau chasse en cours

Panneau informatif avec jour de chasse, credit cheminderandonnee.com

 

La destruction des nuisibles, c’est tout le temps et partout

 

La liste est disponible pour chaque département et mise à jour chaque année. En France, elle compte 12 mammifères et 6 oiseaux susceptibles d’être détruits avec ou sans déclaration, avec ou sans prime à la queue, avec parfois demande d’autorisation. Les méthodes employées sont à tir ou par piégeage avec ou non l’aide d’appelants vivants. Grâce à des démarches administratives simplifiées des techniques appartenant souvent à un autre âge et relevant plus de la cruauté que de la chasse au sens noble du terme sont toujours employées. Les déterrages de familles de blaireaux au printemps ou de renards n’ont rien d’esthétique, écologique, économique et scientifiquement sont discutables. Que ce soit pour le déterrage comme pour le piégeage, dans le sujet qui nous importe, le risque n’est pas avéré pour les randonneurs. Notons pour finir, que la notion de nuisible est un concept aléatoire suivant les régions et même suivant les périodes de l’année. En Moselle, Bas-Rhin et Haut-Rhin), le sanglier est un gibier du 15 avril au 1er février et du 2 février au 31 mars un nuisible.  Pour ces espèces c’est tout le temps, partout et sans véritable contrainte. Randonner en période de chasse, ce n’est pas irresponsable, c’est faire preuve de prudence tout le temps. Randonner en période de chasse? Et en dehors?

randonner en période de chasse

Période de chasse… longue, crédit cheminderandonnee.com

 

Une balle peut parcourir 3kms, irez-vous plus vite, toujours plus loin

 

Une balle de fusil de chasse peut parcourir, sans rencontrer d’obstacle, 3km avant de vous atteindre. Inutile de courir ou de fuir, vous serez toujours dans le viseur. Le record du monde du tir létal de précision par un sniper est détenu par un canadien depuis juin 2017 (3450m parcouru en 10s avant d’atteindre son objectif).

 

En France, deux grands types d’armes sont utilisés:

 

Les fusils à canon lisse propulsent leurs munitions jusqu’à 1500 mètres de distance. Ils sont principalement utilisés avec des cartouches à balles ou à grenailles pour tirer le petit gibier.

 

Les carabines à canon rayés restent les plus dangereuses. D’une portée de 3000 m, les projectiles ne sont vraiment précis qu’à quelques centaines de mètres. Les chasseurs les utilisent pour le gros gibier. Chaque année, des accidents sont responsables de blessés et de morts. Les non chasseurs ne sont pas épargnés. Rester sur les chemins, se faire remarquer et se signaler restent encore les moyens les plus efficaces pour réduire les risques de conflits et d’accidents.

 

Que les frileux restent au chaud, les inconscients ne changent rien, les pragmatiques iront marcher tout l’hiver pour le plaisir des sens en prenant soin d’appliquer les règles de bon sens et de sécurité. Alors, vous êtes toujours partant? Inutile de s’en faire toute une histoire. Ranger ses chaussures de randonnée et attendre les beaux jours est donc illusoire. C’est passer à côté de saisons formidables pour observer la faune et la flore.

 

panneau prudence tir à balles

Information grand publique explicite, credit cheminderandonnee.com

 

La chasse silencieuse, l’autre chasse qui ne prévient pas

 

Sans tambour ni trompette, la chasse silencieuse séduit de plus en plus de chasseurs au fusil et de nouveaux adeptes attirés par de nouvelles sensations. Elle compte un peu moins de 20000 chasseurs. Ici pas de battue, donc pas de gilet fluo, de corne d’appel ni de meute de chiens. C’est l’art de la dissimulation et de la patience. Avec un arc et des flèches pour traquer tous les gibiers ( du lapin au sanglier). Les flèches sont coupantes comme des rasoirs pour le grand gibier et avec des pointes assommoirs pour le petit gibier. En théorie, une flèche tirée ne devrait pas parcourir plus d’une quinzaine de mètres. Cette pratique discrète est très prisée dans l’Est de la France, en Sologne et dans le Sud Ouest. Elle est également utilisée pour la régulation en zone périurbaines (sangliers, chevreuils, ragondins). Ce type de chasse est indétectable car nombre d’en nous avons déjà frôlés un chasseur silencieux sans même s’en rendre compte. Randonner en période de chasse, ça veut dire être vigilant toute l’année.

Depuis le 2 janvier 2018, les chasseurs peuvent légalement utiliser un silencieux. Officiellement, l’utilisation d’un réducteur de bruit vise à éviter les nuisances sonores des riverains et des protéger les oreilles des tireurs. Jusque là, l’usage de bouchons et de casque étaient préconisé. Dans les faits, cette mesure, c’est la porte ouverte à plus de braconnage en période et en dehors de la période de chasse officielle. C’est aussi une plus grande difficulté pour localiser les chasse en cours. Ce type d’équipement réduit les détonations. Cette discrétion met en danger les promeneurs moins vigilant à l’absence de signaux sonores clairement identifiables. Randonner en période de chasse? Et en dehors?

 

Il n’y a pas de zone de repli sans chasse

 

Comme nous l’avons vu plus haut, les disparités de chasse ‘offrent’ des dérogations en fonctions des espèces, des types de chasse et des opportunités par départements. Pour certains animaux comme les nuisibles il n’y a aucune trêve dans l’année. La législation est si touffue et s’acclimate aux particularités historiques. Les revendications locales renforcent le sentiment plus ou moins justifié d’impunité. La chasse se pratique dans la majorité des réserves naturelles et les parcs naturels régionaux. Elle peut comme partout sur le territoire être pratiquée en groupe, en solo, avec des armes à feu ou de manière silencieuse avec des arcs. Inutile donc d’attendre une quelconque trêve pour aller randonner dans la nature. Randonner en période de chasse, c’est être attentif partout et à toute saison. Randonner en période de chasse? Et en dehors?

 

Profitez tant que c’est encore possible

 

Le lobby chasse est si actif que la nature semble se fermer de plus en plus aux amoureux de celle-ci. Sous prétexte que les randonneurs n’exploitent pas, ne paient pas directement de redevance et ne sont pas armés, ils devraient se taire et rebrousser chemin. C’est un raccourci qui devrait à terme nous faire faire beaucoup de détours. Les randonneurs sont des contribuables qui financent les politiques d’aménagement du territoire. Ils sont responsables, financent l’aménagement et l’entretien des 180 000 kms de sentiers et contribuent à l’intérêt des français pour leurs paysages. Le tribu financier accordés pour le fonctionnement des ONCFS, PNR, CAUE et autre DATAR est énorme. Le randonneur est donc légitime. Rester sur les chemins lorsqu’une action de chasse est identifiée est impératif. Se signaler aussi. Contourner la zone si c’est possible et s’il n’est pas trop tard. Ne pas chercher le conflit. Ne pas générer des risques inutiles. Personne ne fait le poids fasse à une arme orientée contre soi de manière intentionnelle ou accidentelle.

 

 

 

 

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