De nombreuses personnalités, écrivains, artistes et philosophes usent et abusent de la randonnée pédestre pour transcender la pensée et les frontières de l’esprit. La marche est une porte d’entrée vers d’autres possibles bien réels ou totalement imaginaires. Et ça fait du bien. Comment un geste peut produire des mots? Nous allons le voir dans cet article et vous verrez: marcher rend intelligent!

Marcher rend intelligent. C’est un fait validé par de nombreux auteurs!

Tout le monde à en mémoire ces écrivains, torturés enchainés à un bureau à écrire de longues heures ou s’enivrant de stupéfiants divers pour rejoindre d’autres états de la conscience. Il y a une autre catégorie d’écrivains, les « verbo-moteurs ». C’est grâce au geste que le corps produit que l’esprit fait naître des textes puissants et porteurs de sens. L’être tout entier se mobilise se gorgeant de son environnement: des sons, des couleurs, des odeurs et des rythmes. L’acte de marcher produit en eux une dynamique telle une musique. Elle s’organise autour des cadences du corps. Elle est créative et inépuisable. Les anglais appellent ces écrivains les « travel writers », écrivains voyageurs. Pour l’auteur Sylvain TESSON « les muscles se reposent dans l’écriture et l’avancée solitaire dans la steppe se prolonge sur la feuille blanche ». Le festival étonnants voyageurs  de Saint malo offrent la part belle à des auteurs au grand air.

La marche, des pas, des mots:

La randonnée est un art de vivre. Un art à part entière. Artistique, la démarche n’est rien d’autre qu’un engagement, une conviction. Une voix intérieure qui appelle.

Devos disait simplement: « Mon pied droit est jaloux de mon pied gauche. Quand l’un avance, l’autre veut le dépasser. Et moi, comme un imbécile, je marche! ». La marche c’est une chose simple qui déploie en nous des ressorts extra-ordinaires. Elle pousse les murs, nous immisce dans des zones de notre esprit, de nos possibles que nous ne connaissons pas ou peu. La difficulté étant surtout de s’extraire de nos vicissitudes modernes pour aller au contact de la nature et reprendre possession de l’essentiel.

Gustave Thibon écrivait avec humour  « on marche avec tout son être mais on ne tombe que d’un côté ». J’aime ces petites phrases qui fusent dans la boite crânienne sans crier gare et vous offre comme une parenthèse romantique et joviale. La marche ne laisse pas beaucoup de perspective pour se laisser distraire par mille choses du quotidien. C’est d’ailleurs avec cette réalité que ces dernières années ont a pu voir s’éditer des livres pour marcheurs au titre évocateurs ‘miam miam dodo’.

David le Breton résume avec ses mots « la marche ne consiste pas à gagner du temps mais à le perdre avec élégance ». Soyons élégant. On lui doit aussi cette phrase dans la même veine: «  La marche est inutile comme toutes les activités essentielles ». Pour les amateurs de marche philosophique, il y a des groupes pour ça. Cela s’appelle tout simplement marcher et philosopher.

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La marche, des pas, des gestes, des pensées:

« Joindre le geste à la parole ». L’expression prend souvent son sens lorsqu’il s’agit d’agir et d’être à la hauteur de ses mots. En randonnée, le mouvement est continu.Marcher rend intelligent tout le temps! Il est donc vecteur de paroles et nombre de marcheurs profitent de l’occasion pour procéder à une introspection salvatrice, évidente et naturelle. Le corps en mouvement produit des gestes. Certains purement fonctionnels comme le pied sur le sol. D’autres co-verbaux, à l’image de ceux produits lorsque nous discutons avec autrui en physique et même à distance par téléphone. Il y a une forme de synchronie entre le geste, la parole et émergence des idées. Marcher construit la pensée. Plus le langage est dense, plus la pensée est structurée. La pensée est un évènement qui arrive ou pas mais rien ne doit l’entraver. Lorsque nous marchons, libéré de nombre de nos préoccupations, nous laissons place à cette forme d’être. Un souffle nouveau s’empare de nous. Dans ce registre, Nietzsche, grand marcheur devant l’éternel, ni va pas par quatre chemins: « Seules les pensées qu’on a en marchant valent quelque chose ». Pas faux. Le philosophe considère que marcher permet de se libérer de la conscience pour atteindre d’autres strates inconscientes de nous-même. « Nous ne savons ce que peut un corps, de quelle activité il est capable et c’est pourquoi il faut sans cesse libérer sa puissance en le déchaînant de ses entraves. L’activité du corps est, au point de vue intellectuel, supérieure à notre conscience, à notre esprit, à nos façons conscientes de penser, de sentir et de vouloir de la même façon que l’algèbre est supérieur à la table de multiplication. » Lorsque nous laissons notre esprit au calme. Il a tendance à divaguer et nous laissons place à une forme de pensée non conventionnelle: la pensée créative.

La marche, un contexte favorable à l a pensée créative:

La marche permet de penser mais aussi l’opportunité de penser autrement. La pensée créative offre une approche différente du sujet et du contexte à explorer. Elle consiste à abandonner nos idées préconçues et les concepts classiques au profit d’une pensée latérale. Sortir de la routine et penser par soi-même pour envisager des chemins de traverses souvent plus pertinents. La prise de décisions pragmatiques et instinctives résultent souvent d’une pensée créative. Imaginez vos possibles une fois quitté les schémas d’orientation et d’itinérance classique. L’un des facteurs favorisant dans la marche l’émergence de cette forme d’action est la présence en forêt de phytoncide. Ce sont les molécules émanants des arbres. Elles contribuent au bien être. Le bien être contribue à une pensée plus apaisée. Nous donnons une plus grande place à la distraction. Notre activité consciente ordonne nos besoins. Notre cerveau automatise alors les tâches les plus simples. Ces ressources principales sont utilisées uniquement pour les actions complexes et vitales. Notre esprit divague, la pensée créative peut enfin émerger.

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Les oeuvres littéraires produites en marchant…


Henry David Thoreau, De la marche

Nicolas Bouvier, L’usage du monde

David Le Breton, Eloge de la marche

Jean louis Hue, l’apprentissage de la marche

Jacques Barozzi, Le goût de la marche

Jacques Lacarrière, Chemin faisant

Rebecca Solnit, L’art de marcher

La route bleue, Kenneth white

Voyage avec un âne dans les Cévennes, R. L. Stevenson

L’immortelle randonnée, Jean Christophe Rufin

Georges Orwell, 1984…. Livre suggéré par un marcheur penseur farfelu. La Novlangue, la langue inventée pour cet ouvrage est un lexique destiné à restreindre la diversité et l’étendue de notre pensée. A méditer…

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